Saturday, November 21, 2009

Sun, Apr 8, 2007 at 12:07 AM

J'ai bien reçu ton courriel. C'est vrai que ça fait un choc ; je comprends ta déception et ta réaction. Et si à un moment donné tu ressens de la colère, ce serait parfaitement naturel. D'ailleurs, dans toute situation difficile et douloureuse, on peut passer par plusieurs étapes successives, chacune avec ses émotions propres. De mon côté, à la vue d'un couple d'amis qui se déchire, c'est beaucoup de tristesse que je ressens. Néanmoins, je ne peux m'empêcher de conserver un peu d'espoir. C'est dans ma nature face à ce genre de situation (puisqu'il n'y a ni oppression, ni violence).

En ce qui concerne ce qui apparaît comme la raison principale de ton courriel, à savoir rendre une décision publique afin de ne plus pouvoir faire marche arrière, tu fais cependant fausse route. Tu as en effet, heureusement ou malheureusement, choisi des amis qui, au cas où tu changerais d'avis, ne te considéreraient pas du tout comme stupide, que ce soit dans la situation qui nous occupe ou dans une autre. (J'ai consulté Sabrina, elle est d'accord.) Il y a d'ailleurs dans la langue française, et nul doute dans bien d'autres, un proverbe qui dit : "Seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis." A bon entendeur, salut. Sache que si tu changes d'avis, tout comme si tu n'en changes pas, ce sont surtout les raisons qui sous-tendent ce changement ou cette stabilité qui comptent à nos yeux, pas le changement ou la stabilité en soi. Tu seras d'accord sans doute pour dire qu'il y a des moments dans la vie où ne pas changer d'avis représente en fait la plus stupide des attitudes possibles. On peut certes faire marche arrière en faisant semblant, comme tu y fais allusion, mais on peut le faire aussi en toute connaissance de cause, et ce n'est pas moins honorable. Tu voulais t'emprisonner dans ta décision ? Désolé, Serge, ne compte pas sur nous : tu es libre !

Encore un mot concernant ton email. En quoi consiste exactement ta décision ? Quelle faute a précisément commise Ludmilla ? Dans quelles circonstances cela s'est-il produit ? Rien dans l'email ne permet de répondre à ces questions pourtant essentielles. Par contre, on y lit des choses incompréhensibles, des allusions non expliquées, telles que "moi, the filthy pig" et "your dirty emails". C'est un email qui parle aux personnes qui savent. Les autres, dont je fais partie, sont censés deviner, lire entre les lignes. Quelle est la valeur d'un engagement à ne pas revenir en arrière qui se fonde sur des bases aussi floues ?

Sur le fond de la question, à savoir : où sont les torts ?, votre couple a-t-il un avenir ?, etc., je ne peux naturellement pas me prononcer (ce que tu ne me demandes d'ailleurs pas de faire), puisqu'il faudrait au moins que j'entende d'abord ta version ainsi que celle de Ludmila. Cela ne suffirait d'ailleurs pas. Or, pour le moment, je ne dispose que du compte-rendu de la visite de Sabrina.

Maintenant, si je puis me permettre une réflexion, je dirais ceci : il est peut-être effectivement temps pour toi et Ludmila de vous séparer. Personne n'est indispensable à personne ; on peut toujours se remettre d'une déception amoureuse et surmonter une rupture, même si ça laisse immanquablement des traces indélébiles au fond de nous. Si tu sais dans ta tête et si tu sens dans ton coeur que l'heure a sonné de faire tes valises et de t'en aller construire ta vie ailleurs, autrement et, un jour, avec une autre compagne, alors vas-y. Courage et bonne chance, Serge. Ne regarde pas en arrière. Chacun se doit de s'occuper avant tout de sa propre vie, de son propre avenir. Notre estime et notre amitié te resteront acquises.

Mais si tel n'est pas le cas, si tu découvres, par exemple, que tu es divisé sur la question et qu'il y a des voix, même minoritaires, qui s'élèvent en toi pour t'exhorter à explorer les possibilités de rebâtir votre couple, peut-être sur d'autres bases, alors tu peux compter sur nous pour t'aider, pour vous aider, dans la mesure où vous l'estimez utile, à démêler l'écheveau des malentendus, des non-dits, des sous-entendus, etc. qui ont mené à la situation actuelle et à tenter d'entrevoir la possibilité de tracer un chemin sur lequel vous puissiez avancer ensemble. Pour faire un couple, il faut de l'amour, mais je crois que ça ne suffit pas. Un autre ingrédient me semble absolument indispensable et malheureusement trop souvent négligé : c'est la volonté et la capacité de faire des compromis, de négocier, en d'autres mots, un mécanisme de résolution de problèmes. Il n'y a pas de couples sans problèmes, ni donc sans dialogue. (Un couple qui ne communique pas, c'est juste deux personnes qui ont leur nom sur la sonnette.) Les problèmes commencent dès que deux personnes se mettent en couple. C'est l'une des raisons pour lesquelles il vaut mieux ne pas se marier : on oublie moins facilement qu'une relation, c'est comme une petite plante : ça demande des soins, de l'eau, du soleil, un peu de Mozart, des mots.

Enfin, même si la question est entendue et que ta décision est effectivement prise (il faut néanmoins du temps avant de pouvoir s'en assurer), ne vaut-il pas mieux s'en aller en ayant éclairci ce qui peut l'être et ce qui doit l'être, afin d'être sûr de ne pas se tromper et afin de ne pas avoir de regrets par la suite ? Le jeu en vaut certainement la chandelle : deux personnes souffrent et vont continuer à souffrir pendant un certain temps. Ce ne doit pas être en vain, ce doit être sur la base d'un constat : votre présent ne vaut pas la peine d'être vécu, ni qu'on se batte pour lui, et vous n'avez pas d'avenir non plus. J'ignore depuis combien de temps vous êtes ensemble, mais mieux vaut donc s'en assurer, ne trouves-tu pas ?

Voilà, Serge, mon ami, l'essentiel de ma réaction à la lecture de ton courriel.

Quoi qu'il arrive, et malgré les difficultés actuelles, je vous souhaite à tous deux d'être heureux, si possible ensemble, sinon, séparément.

Love,

MC

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